Est-Ouest

Publié le par lafillequirevaitdunbidondelaitetduneboitedechoco

Comme vous pouvez le constater, je suis en plein questionnement sur notre histoire contemporaine (c’est-à-dire en particulier la période de la guerre froide). Entre autres, parce que je lis un livre documentaire qui relate les reportages d’une journaliste ouest-allemande en ex-RDA entre 1989 et 1999. Elle a voyagé dans les différents länder de l’Est pour rendre compte de la situation et a interviewé des tas d’Ossies. Personnellement, je trouve que c’est très documenté, complet et intéressant. (il s’appelle « A l’Est du mur » par Gabrielle Goettle).

 

 Toutes ses histoires me font réfléchir à ma propre perception de cette époque. Le problème, c’est que je suis née fin décembre et que donc la chute du mur a eu lieu à la fin de ma huitième année. En gros, je ne me rappelle de rien (alors que mon homme, né en 1973, se souvient très bien de la chute du mur et de tout le raffut autour. Ce qui ne m’étonne bien sûr pas. Il se souvient même très bien des images vues à la télé).

 

La première fois que j’ai pris clairement conscience de tout ça (parce que le lire dans les livres et l’entendre de la bouche des professeurs d’histoire, fussent-ils hyper passionnants, ça ne reste que de l’abstrait dans les têtes trop jeunes pour s’imaginer), c’est quand je suis allée pour la première fois à l’Est. Déjà, arriver en République Tchèque à 16 ans (donc c’était sûrement en 1996/97), c’est quelque chose. Moi, je me suis tout de suite sentie ailleurs mais, curieusement, j’y étais très à l’aise (c’est là que mon amour de l’Est est né). Ces grandes barres d’immeubles HLM, ce dénuement en toute chose et naturel (dans l’assiette, dans le placard, dans l’auberge de jeunesse où nous étions, dans les rues de Brno (pourtant deuxième ville du pays), dans ce tram hors d’âge, dans les bars …) et cette simplicité des cœurs et âmes des gens de l’Est. Rien à voir avec l’Ouest ostentatoire, criard et consumériste. Le choc fut grand ! D’autant que là-bas, non seulement nous étions les rois (c’était un festival francophone et les jeunes et moins jeunes de l’Est avaient grand soif de parler à des petits français), nous étions riches (nous allions en boîte dont l’entrée était l’équivalent de 8 francs, donc rien comparé à une boîte en France, alors que, pour nos confrères tchèques, c’était bien trop cher. Et moi, idiote, je demandais « Trop chère, vraiment ? Mais si vous voulez, on se cotise pour vous ! Aujourd’hui, bien sûr, d’y penser, j’ai honte !) mais en plus des tchèques, nous avons rencontré des yougoslaves, des roumains, etc … Moi, en tous cas, c’est la première fois. Et ça a été génial. Mes collègues français m’ignoraient complètement ainsi que toutes ces personnes dont je vous ai parlé. J’ai fini donc par être bien plus proches de tous ceux-là que mes collègues français ! Car, point de vue de caractère (plutôt franche, sans tabou et simple dans la relation avec l’autre), j’étais et suis toujours proche d’eux ! Loooooool

 

Bref, tout ça pour dire qu’un soir, pendant ce festival de théâtre francophone, nous faisions la grosse fête (de la musique genre Nirvana à fond de balle dans la salle et tout le monde dansait comme des fous (à part bien sûr les français …), car, oui, en République Tchèque, quand on voulait danser, c’était soit de la techno soit du rock style Nirvana and co. Pour un français, c’était pour le moins étrange mais, passée la première stupéfaction …) et, d’un coup, ça m’a traversé comme un immense éclair : ces amis de quelques jours n’ont pas grandi dans le même monde que moi, ils ont été élevé dans le bloc communiste. Et, là, je me rappelle encore de l’instant précis où ça a jailli en moi (alors que je dansais comme une dératée (la preuve : en revenant à la maison, j’avais encore mal au cou et aux pieds tant je m’étais défoulée en dansant !!!) en me secouant de haut en bas).

 

Ensuite, cela m’a retraversé l’esprit des dizaines de fois en rencontrant des gens, en voyant tel film ou en voyageant mais la première fois reste bien sûr celle dont on se rappelle le mieux. Et aujourd’hui, alors que, pourtant mes réflexions ont plus que bien avancé, en lisant ce livre dont je vous parlais plus hait, je reste encore saisie devant les propos tenus par les interviewés ou les descriptions de la situation de l’Allemagne de l’Est à la suite de l’écroulement de son régime. En gros, tout ce qui était aberrant (et non su) avant est sorti au grand jour amplifié par l’aberration de ce qui s’est passé ensuite. Exemple : un gars qui travaillait dans une usine où l’on fabriquait des tapis en mousse et toutes sortes de choses dans le style (genre bloc de mousse pour fourrer les canapés ou les fauteuils). Avant, avec les plans quinquennaux, au point de vue industriel et avec le recul, c’était du n’importe quoi (genre stockage de matières premières pour 3ou 4 ans !!!). Mais, lorsque tout s’est écroulé, les clients ont changé (ce n’était plus l’URSS mais le Royaume-Uni) et bien sûr ils ne voulaient pas des produits de très mauvaise qualité d’avant. Ils ont expliqué ce qu’ils voulaient et, au lieu de s’arranger avec les english et de voir comment utiliser tout le matos qu’ils avaient en stock, ils ont dû tout jeter de A à Z (et des quantités impossibles à imaginer) ! Pour finalement se trouver en manque de bois alors qu’ils venaient de jeter (sans droit de donner aux gens, aux entreprises qui en auraient eu besoin, de vendre ou quoi que ce soit : interdit formellement ! Donc tout à la benne !) des produits en bois (pin) massif ! Le mec qui bossait là-bas racontait son dégoût face à tout ce gâchis (c’est lui et un de ses collègues qui étaient chargés de tout mettre à la benne).

 

Une deuxième chose qui marque : on n’imagine pas le chamboulement moral de tous ces gens. Nous, on se dit qu’ils devaient être heureux et puis c’est tout ! Mais ça, c’est la vision (propagande) de l’Ouest. Evidemment qu’ils étaient heureux … dans les premiers temps. Mais après, ils se sont tous retrouvés au chômage avec des prix qui montaient en flèche et tous leurs amis/voisins/ex-collègues qui partaient en masse à l’ouest. Tout ça avec l’impression qu’on s’était bien fichu d’eux. Les russes qui les laissaient tombés et les gens de l’Ouest qui les jetaient dehors ou les exploitaient (vu qu’ils se sont tous retrouvés au chômage, on pouvait leur proposer de petits salaires !). Bref, je pourrais en écrire des pages et des pages mais bon … Lisez ce livre ! (Moi, jlai pris à la médiathèque !).

 

Tiens, un dernier truc, dans le livre, il y a la retranscription d’une (vraie) discussion entre trois vieilles discutant des gens de leur famille qu’ils ont retrouvé ! Eh bien, ça les embête plus qu’autre chose : elles ne les connaissent plus, ils n’ont rien à se dire et viennent la voir uniquement pour quémander ! Looooooooooooool

Publié dans Mais qui sommes-nous

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